Marché obligataire européen : cinq réflexions du mois de janvier

Feb 03, 2026

Neil Mehta, gestionnaire de portefeuille, assemble pour nous le puzzle des marchés macroéconomiques et obligataires européens.

1. La BCE est dans l’attente, mais la balance des risques indique que la prochaine étape sera une réduction de taux

La situation actuelle : la BCE a réduit ses taux directeurs huit fois en 2024-2025. Les taux sont désormais à 2 %, ce qui est généralement considéré comme le niveau « neutre ».

Les arguments : les marchés prévoient une hausse de 25 pb d’ici fin 2027. Certains membres du conseil, notamment Isabel Schnabel, fervente partisane d’une ligne intransigeante, sont satisfaits de cette direction.

Les faits : après la poussée inflationniste induite par le choc de l’offre en 2022, de nombreux responsables politiques craignent fortement qu’un tel scénario ne se répète.

La vue d’ensemble : la croissance est peu encourageante (dernier PMI tout juste supérieur à 50), la demande de crédit est timide et l’Europe se trouve à un tournant géopolitique critique. La BCE peut jouer un rôle important.

Les implications : nous pensons que l’inflation globale sera inférieure à 2 % au premier semestre 2026, ce qui permettra aux voix les plus souples au sein de la BCE de se faire davantage entendre.

PMI de la zone euro

PMI de la zone euro

Source : S&P Global, janvier 2026.

2. Le fiasco du Groenland a recentré les décideurs politiques européens, accélérant les appels à une plus grande intégration politique et économique (comme le préconisait Draghi)

Les répercussions : les investisseurs en obligations d’État européennes en ont pris bonne note, comme en témoigne la nouvelle compression des spreads de crédit entre les obligations souveraines les plus fortes et les plus faibles du complexe..

Les chiffres : seuls 75 pb séparent les Pays-Bas (plus forts) et la Lituanie (plus faible). Début 2025, cet écart allait jusqu’à 150 pb.

L’argument bonus : malgré des problèmes politiques et budgétaires à plus long terme, l’agitation autour des titres français s’est dissipée après l’adoption du budget (jusqu’en 2027, du moins).

Les conséquences : la recherche de rendement a été féroce en 2026. La nécessité pour les Européens de se montrer unis dans un environnement international facturé a favorisé le resserrement des spreads de crédit dans l’univers des obligations d’État européennes.

3. L’Italie vise le « A » pour sa note de crédit, et les investisseurs anticipent déjà ce reclassement

La situation actuelle : l’Italie est sur la bonne voie. Une syndication réussie au début du mois a attiré plus de 150 milliards EUR de commandes et les récentes réunions d’investisseurs ont été particulièrement optimistes.

Le contexte : la stabilité politique s’est avérée très bénéfique, tout comme les efforts de consolidation de la dette. Le gouvernement prévoit des soldes primaires positifs de 1,2 % en 2026, et de 1,9 % d’ici 2029.

Les détails : l’Italie s’est imposée comme l’un des emprunteurs souverains privilégiés du marché, avec un nombre croissant d’investisseurs régionaux, notamment des pays nordiques et du Moyen-Orient.

Les conséquences : l’Italie dispose d’un éventail diversifié d’investisseurs, y compris d’une forte présence sur le marché de détail. Au fur et à mesure que la BCE se fait plus discrète, les investisseurs internationaux s’empressent de s’engouffrer dans cette brèche.

Notation de crédit de l’Italie (S&P)

Notation de crédit de l’Italie (S&P)

Source : highcharts.com, janvier 2026.

4. La faiblesse du dollar pousse l’euro à la hausse, et les décideurs politiques commencent à s’en rendre compte

Le contexte : l’été dernier, le vice-président de la BCE, Luis de Guindos, a déclaré qu’un niveau EURUSD supérieur à 1,20 serait « compliqué » à atteindre.

Les arguments : en ce début d’année 2026, ce chiffre de 1,20 se trouve sous pression. D’autres membres du conseil de la BCE, tels que François Villeroy de Galhau et Martin Kocher, se sont déjà exprimés, soulignant l’impact potentiel sur l’inflation et une volonté d’agir.

Les faits : la confiance dans la prise de décisions politiques américaines est au cœur des préoccupations, une tendance récemment accentuée par les spéculations autour d’une intervention conjointe des États-Unis et du Japon sur le change. En réalité, l’indice de l’euro pondéré des échanges commerciaux n’a pratiquement pas bougé.

Les enjeux : un EURUSD en hausse contribue à des exportations plus coûteuses. Selon GS, les plus grandes sociétés européennes cotées en bourse doivent 30 % de leurs revenus aux États-Unis.

Les conséquences : si l’euro continue sa remontée par rapport au dollar américain, les gouverneurs de la BCE ne manqueront pas d’y prêter davantage attention.

Indice de l’euro pondéré des échanges commerciaux (horizon à 1 an)

Indice de l’euro pondéré des échanges commerciaux (horizon à 1 an)

Source: Bloomberg, janvier 2026.

5. Au Royaume-Uni, les données se sont améliorées après l’adoption du budget, mais les tendances sous-jacentes demeurent problématiques

La situation actuelle : le PIB, les ventes au détail et les données PMI de janvier ont dépassé les prévisions du marché, ce qui vient contredire les perspectives globalement baissières sur l’économie britannique.

Le contexte : on pourrait toutefois avancer que ce regain de forme est plutôt un effet saisonnier, étant donné que l’économie britannique a souvent signé de bons débuts d’année au cours de l’histoire récente.

Les faits : le marché de l’emploi reste atone, les derniers chiffres du chômage demeurant supérieurs à 5 % et le chômage des jeunes continuant d’augmenter.

La prochaine étape : le gouvernement reste accaparé par la géopolitique, les revirements de politique intérieure et les luttes internes. Pour aggraver la situation, les tensions inflationnistes ont quelque peu stagné, selon le British Retail Consortium..

Les implications : jusqu’ici, cette année, la livre sterling a évolué latéralement (par rapport à l’euro). Mais si la croissance ralentit à mesure que l’année avance et que l’inflation reste plus forte que prévu, c’est la livre qui en pâtira.

Citi Economic Surprise – Royaume-Uni

Citi Economic Surprise – Royaume-Uni

Source: Bloomberg, janvier 2026.

Sauf mention contraire, toutes les données sont tirées de Bloomberg et valables en janvier 2026.

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